Récit de visite, octobre 2013

Je crois que pendant cette semaine d’octobre où je parcourais les campagnes pour rendre visite aux familles, ce qui m’a le plus touchée, c’était les doux sourires des mamans, et cette expression de résignation qui caractérisait tant les femmes de mon pays. Quelle que soit leur condition sociale, elles sont le véritable pilier de leur famille, et l’amour qu’elles portent à leur enfant malade vaut toutes les thérapies du monde.

 

Ainsi Phuong Thuy, 38 ans et belle comme un ange déchu, avec son sourire qui ne ressemble point à un rictus du visage mais à une vraie allégresse bien qu’elle ne voie ni n’entende depuis sa naissance, est une preuve d’amour et de sacrifice de trente-huit années de sa maman qui ne l’a jamais quittée une seule journée. Des repas frugaux composés de riz et de potage qui durent facilement une bonne heure car Phuong Thuy avale plus qu’elle ne mâche, lui confèrent cependant une peau lisse jusque dans le dos où pas un soupçon d’escarre ne s’installe. Seul un début de scorbut est l’unique pathologie détectée chez Phuong Thuy, jamais hospitalisée ni soignée pour une affection grave. Madame Hoà, pour son oubli de soi, a reçu en 2005 le prix KOVA, récompense créée par les lauréates scientifiques vietnamiennes qui ont elles-mêmes reçu le prix Kovalevskaïa (1).

 

Une autre enfant au prénom de Thuy, 7 ans, très insouciante et très souriante, pourtant ne marchera jamais à cause d’une spina bifida. Son élocution est claire, mais elle comprend à peine ce qu’elle répète, car elle ne parle pas mais ne fait que répéter le dernier mot qu’elle saisit de votre phrase. Son opération de la moelle épinière puis la pose d’une sonde de dérivation pour éviter l’hydrocéphalie, puis l’arrêt de travail de sa maman pour s’occuper d’elle ont plongé la famille dans une misère profonde. La famille vit maintenant dans une petite maison construite sur un bout de leur terre agricole (terrain inondable bien évidemment et construction illégale bien évidemment). Sa maman me confiait que « des gens » lui avaient conseillé de « se débarrasser » de cette erreur de la nature, mais chaque enfant est la chair de sa chair et elle et son mari ont préféré s’endetter et vivre dans un dénuement total plutôt que de l’abandonner.

 

Un premier garçon né avec une cardiopathie congénitale. Un deuxième garçon atteint d’une infirmité motrice cérébrale de forme spastique décédé d’une infection bactérienne banale à l’âge de 7 ans. Rejetée par la belle-famille pour cette « malédiction », et menacée de répudiation (donc expulsion de la maison) cette maman qui vient de donner naissance à des jumeaux prématurés dont un accuse un grand retard de développement n’a qu’une seule peur : que son jeune bébé soit atteint d’IMC comme son frère, ce qu’elle avait cru comprendre des propos du médecin accoucheur.
Pourtant ses yeux brillaient d’espoir quand elle se penchait sur le petit berceau, et elle se projetait déjà dans l’avenir quand nous lui annoncions que le petit dernier serait parrainé par l’association.

 

 

Enfin, une bouille absolument rieuse, je l’ai trouvée sur une enfant née sans bras, pleine de vie et d’espièglerie.
Son papa était chauffeur livreur pendant quelques années avant sa naissance, et après des livraisons de marchandise dans les zones chaudes d’épandage de la dioxine, restait sur place quelques jours avant de rentrer chez lui. Deux premiers enfants nés normaux. Une fausse-couche, puis Quyên née sans bras, sont des présomptions d’une contamination récente par la dioxine du père. Une petite maison entourée d’eau stagnante avec toit en tôle et murs de planches qui laissent passer vent et pluie, un mari en déplacement continuel afin de nourrir sa petite famille, tout contribuait à éprouver la jeune maman, qui cependant laissait percevoir une solidité et une sérénité extrêmes.

 

C’est cette force mentale qui me subjuguait chez toutes les mamans d’enfants malades ou handicapés que j’ai rencontrées, je ne peux que les admirer et les respecter dans leur douleur cachée, et ce petit récit est écrit en hommage à leur grande abnégation.

Pour l’association
Loan

(1) le prix Kovalevskaya (en abrégé " Kova"), du nom d'une mathématicienne russe, récompense les meilleures femmes scientifiques de part le monde, seul au Vietnam, ce prix est aussi décerné aux femmes qui ont des contributions remarquables à la société.

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