Voici le CR des visites chez les filleules et filleuls que Loan a effectué durant son séjour au Vietnam en juin 2012 .

 

Đình Huyên (Thái Bình)

Huyên, jeune homme de 21 ans, en paraît 16 ou 17. C’est pourtant un brillant étudiant de 3è année de Chimie agro-alimentaire, Université des Sciences Polytechniques. Le teint verdâtre, mais le sourire suspendu aux lèvres, il m’a confié que le temps lui manquait pour aller se faire transfuser, alors il arrive à oublier sa maladie (thalassémie) qui lui a valu une ablation de la rate à l’âge de 5 ans.
Son père, ancien combattant, est mort quand Huyên avait 18 mois. Ses deux grands frères sont également décédés, l’aîné parce qu’il a sauté dans la rivière pour tenter de sauver son ami qui s’est noyé, le deuxième, atteint d’infirmité motrice cérébrale, a succombé à l’âge de 3 ans de maladie banale.
Huyên est donc enfant unique, et seul espoir de sa mère qui a 58 ans cette année. En même temps que les transfusions périodiques, Huyên prend des chélateurs de fer et des comprimés de calcium. Mais il reste vulnérable aux infections virales.
Huyên vient de commencer à toucher une indemnité pour victime de substances chimiques. Il était dispensé de frais de scolarité en 1ère année, et paie la moitié des frais à partir de la 2ème année. Pour pouvoir suivre ses études, il a dû emprunter à la banque (prêt étudiant) et donne des cours de soutien scolaire à domicile 2 à 3 fois par semaine.
Logé en chambre universitaire, ses dépenses s’élèvent à 1.700.000 dongs/mois (soit 70 euros) tout compris. Se considérant comme rompu à la vie d’étudiant à Hanoi, il m’a promis d’aider ses camarades de VNED nouveaux étudiants dans leur début dans la capitale.

 

 

Hiên (Thai Binh)

C’est la dernière née d’une fratrie de quatre enfants, et le rayon de soleil qui doit illuminer la fin de vie de ses parents.
Hiên, 18 ans, est l’enfant la plus normale de la famille, malgré ses crises d’épilepsie fréquentes et ses maux de tête récurrents.

Son père, ancien soldat, ne voit plus bien, mais travaille toujours aux champs.
Il pleure encore en évoquant son aîné mort dans la fleur de l’âge, dont le portrait « est là-haut », sur une étagère, derrière un bol dans lequel on brûle des bâtons d’encens. La deuxième fille, une trentaine d’années, est autorisée aujourd’hui lors de notre visite, à venir s’asseoir par terre, habillée pour l’occasion (car habituellement, elle déchire et mange ses habits). Un autre frère, de 28 ans, est absent, « en vacances » chez un oncle. Il est atteint de nanisme non harmonieux et reste à la charge de ses parents.

Hiên a obtenu son baccalauréat avec la bienveillance due au passé d’ancien combattant de son père : la moyenne requise est alors diminuée de quelques points.
Elle a ensuite fait un an d’école pour institutrices de maternelle. L’école étant située à 30 km de la maison familiale, le loyer, les frais de scolarité et dépenses courantes se chiffraient à 1.500.000 dongs/mois (soit 60 euros).

Mais dans un contexte de difficulté économique, le gouvernement ne créant plus de classes, son père pense la faire changer d’orientation l’année prochaine : elle intègrera un cycle court de formation d’agent sanitaire qui gérera la distribution des médicaments dans les prisons, avec la promesse d’un oncle qui lui trouvera un emploi au bout de sa formation.
Le père et ses 3 enfants touchent une indemnité de victimes de l’agent orange d’un montant total de 4.000.000 dongs/mois (soit 160 euros). La famille possède 5 saos de rizière.
La maison est une maison de l’amitié, la VAVA venait de donner 6.000.000 dongs pour y poser le carrelage. Les meubles sont de récupération, donnés par les anciens combattants, camarades du père.

 

 

Hai Ly (Thai Binh)

Ly, 11 ans, bientôt en classe 5, est une très bonne élève. Ne mangeant presque rien depuis l’arrivée de l’été, elle nous a surpris avec ses bras d’une maigreur affolante et ses pieds qui dépassaient la pointure 42 au moins. Pourtant, elle courait bien vite pour venir nous accueillir, contente d’avoir de la visite, et nous confiant déjà que les vacances étaient ennuyeuses car elle préférait de loin l’école.
C’est son père qui la transportait à l’école, pendant l’année. Une jambe plus longue que l’autre (de 5 bons centimètres), des pieds qui ne cessent de grossir et qui l’obligent à porter uniquement des sandales à lacets élastiques, n’arrivent pas à faire perdre la joie de vivre de cette fillette, qui accumule les félicitations depuis la classe 1, et qui a été désignée à représenter le district Dông Hung dans le concours de la plus belle écriture et du cahier le plus  soigné.
Ly a un petit frère de santé normale.
Son père est ouvrier dans une fabrique de briques rouges « Tuynel » utilisés dans les constructions de maison, sa mère est nourrice en institution. Les grands-pères paternel et maternel étaient d’anciens soldats ayant combattu sur les fronts du sud du pays.

 

 

Thanh Truong (Thai Binh)

Cette année, Truong montera en classe 9, son niveau scolaire est moyen. Par contre, c’est un véritable petit homme au foyer, qui aide sa mère dans les travaux des champs et aussi les tâches domestiques.
Quand nous sommes arrivés, il revenait des champs : c’est en pleine récolte dans les rizières du nord. Jeune adolescent bruni par le soleil, plutôt petit pour son âge (14 ans), mais musclé et sec de carrure.
Toujours souriant, il nous invite à rentrer dans la minuscule demeure, composée d’un lit sur lequel une natte déchirée et limée aux bords attirait une nuée de mouches que deux ventilateurs dont un sans armature n’arrivaient pas à chasser.
Le père de Truong est décédé, sa mère, jadis femme de ménage à Hanoi, a trouvé ensuite un travail dans une fabrique de bâtons d’encens. Mais récemment une mauvaise chute a laissé un traumatisme à la colonne vertébrale, l’obligeant à revenir chez les siens travailler les 1,5 saos de rizières (environ 600 m2). Elle loue également des rizières chez des propriétaires terriens et paie 40 à 50 kg de paddy/sao loué/récolte (il se pratique 2 récoltes/an dans ces régions).
Truong a un petit frère en classe 5. Les deux frères sont de santé normale. Lors de la dernière remise d’argent, ils ont pu obtenir de leur mère l’achat d’un téléviseur de fabrication locale (marque TCL), en dehors duquel, aucun objet de valeur ne se fait remarquer dans la maison.
Famille classée pauvre, avec assurance santé. Quelques lapins en élevage.

 



Hâu( Ha Noi )

Dans la cour, trainaient des objets, la remise était un vrai capharnaüm, personne n’était à la maison quand nous sommes arrivés, à part un adolescent très nonchalant, qui partait ensuite aux champs pour appeler sa mère. Il fallait encore un petit quart d’heure et des insistances très poussées de la mère pour que Hâu rentrât enfin : pendant l’été, au lieu d’aller au cours de soutien, Hâu va chez le voisin et décortique des crevettes qui sont ensuite séchées et vendues sur le marché. Elle touche 5.000 dongs par kg de crevettes décortiquées (soit 20 centimes d’euros, pour environ 1 heure de travail).
Hâu, en classe 11, bien maigre, est pourtant bonne élève plusieurs années de suite.Hâu a un frère jumeau, Tuân, un peu lent d’esprit (c’est lui qui gardait la maison), en classe 8. Un grand frère atteint de troubles neurologiques est décédé à l’âge de 22 ans.  Le père, ancien soldat, est décédé il y a 8 ans.
Les jumeaux touchent une indemnité de l’Agent orange de 491.000 dongs et une aide sociale de 350.000 dongs mensuels.
Leur mère travaille les 2 saos de rizière (soit 800 m2) et élève quelques poulets.

 



Hông Hanh , My Tiên (Hô Chi Minh Ville)

Dans cette petite maison de l’amitié construite par la Croix-Rouge dans une ruelle étroite du 6ème arrondissement de Hô Chi Minh Ville, qui fait 3 m de large sur 6 m de long, vivent silencieusement depuis plus de vingt ans deux sœurs, dont les voisins oublient jusqu’à l’existence. Car elles ne sortent jamais  de leur demeure, à vrai dire, ne quittent jamais l’étroite  mezzanine qu’occupent un matelas posé au sol et un cabinet de toilettes qui sert en même temps de salle d’eau.
Hanh a presque 30 ans, mais elle est si menue qu’on aurait dit une fillette. Seul le regard en dit long sur la douleur ressentie depuis si longtemps, car une pénétrante tristesse s’y lit.
Tiên, 22 ans, paraît plus grande, et plus souriante, bien que frappée par la même maladie terrible: épidermolyse bulleuse congénitale.
Hanh n’a plus de doigts ni d’orteils, ceux de Tiên sont recouverts d’une sorte de gants transparents, et sur tout leur corps, des zones où la peau n’est plus, et la chair à vif collant aux vêtements  créant des douleurs inimaginables.
 
Elles ne savent ni lire, ni écrire, et passent leur temps à regarder à travers une porte-fenêtre ce qui se passe dans le parc avoisinant, quand les douleurs et démangeaisons ne les torturent pas  trop.
Malgré les plaies et les suintements, les habits qu’elles portent sont toujours propres, elles ne dégagent aucune odeur répugnante, et leur couche est toujours impeccablement entretenue.
Il y a un lourd rideau devant le matelas, qui est relevé quand je leur rends visite : il sera descendu dès qu’un visiteur pénètre dans la maison, car depuis longtemps elles ne veulent voir personne.

Cette année, par 3 fois déjà, Hanh a été gravement malade : un œdème généralisé (dû sans doute à une insuffisance rénale et cardiaque) a failli l’emporter à chaque fois.
Remise difficilement après chaque épisode dangereux, Hanh ne s’alimente pas ou très peu, et je ressens comme une sorte d’abandon volontaire de sa part : cette existence n’est que souffrances, alors à quoi bon continuer ?
Malgré leur amour immense pour leur fille, je crois que les parents s’y résignent, eux aussi, ce sera probablement une délivrance pour tout le monde. Mais peut-être pas pour Tiên.

 



Tiên Anh (Thai Binh)

Tiên Anh, né en 2001, va monter en classe 6. En apprenant notre arrivée, sa mère est allée le chercher à son cours de soutien. Les cours supplémentaires coûtent 10.000 dongs/la demi-journée, (soit 40 centimes d’euro). Sa sœur Quynh Anh, en classe 1, suit aussi les cours d’été. C’est presqu’une tradition au Viêt-Nam que les élèves aillent au cours d’été, non pas pour rattraper un quelconque retard dans l’année, mais c’est une façon détournée pour améliorer les revenus des enseignants. Même l’Etat ferme les yeux, n’ayant pas les moyens pour rémunérer davantage les enseignants. Pour les familles, par contre, c’est une bonne chose, car ainsi les enfants sont occupés, et ne traînent pas dehors.
Le père travaille dans la province de Quang Ninh et ne rentre qu’une fois tous les 2 à 3 mois. La mère travaille les 300 m2 de rizière de la famille, et loue 1500 m2 autres, en payant 50 kg de paddy/ 400 m2 / saison.
Elle élève en outre un cochon, mais l’enclos est délabré, sans qu’elle ait les moyens pour rénover.L’ancienne maison tombait en ruine, la famille a dû emprunter pour construire  une nouvelle, mais elle est quasi vide de meuble. Nous nous asseyons sur un sommier en bois posé à même le sol, et Tiên Anh a comme coin d’études une minuscule table plastique.
Le grand-père paternel est reconnu victime de l’agent orange.Les enfants Pham, un peu maigrelets et timides, sont de très bons élèves.

 

 

Trong Nghia (Ba Vi, Hanoi)

Une petite maison sur le bas côté de la nationale qui relie Ba Vi à Hanoi. Ba Vi, réputée pour son parc national et ses paysages de collines et forêts  perdus dans la brume, haut lieu de très belles randonnées pour les amoureux de la nature, mais pauvre en termes de rizières.
Nghia, 10 ans, en classe 5, est enfant unique. Il ne connaît pas son père, plus précisément, sa mère a « voulu » un enfant, vers l’âge de 42 ans. Elle en a 52 maintenant, et une tuberculose qui ne la quitte guère depuis quelques années. Cette famille de deux personnes a 1 sao (environ 400 m2) de rizière, la mère loue un autre sao en payant 50 kg de paddy/ saison, pour avoir de quoi manger toute l’année.
La maison est une maison de l’amitié, pour remplacer l’ancienne chaumière. Il n’y a pas d’espace alentour pour imaginer un petit enclos pour poulets. D’ailleurs, aucun élevage n’est possible vu la proximité de la maison par rapport à la route nationale.
Nghia est chétif, et vient d’être hospitalisé pendant 10 jours à cause d’une fièvre infectieuse. Son niveau scolaire est moyen.
La famille paraît très démunie, la demeure dépourvue de mobilier de valeur.

 




Loan ( Juin 2012)

 

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